Rochers roses à Belle-Île

Rochers roses à Belle-Île, par Jean-Francis Auburtin

Les Rochers roses à Belle-Île est une marine de la fin du 19ème siècle, datée très exactement de 1895 et peinte par Jean Francis Auburtin. Elle figure un paysage côtier, à savoir un fragment de la côte sauvage de Belle-Île-en-Mer (au large du Morbihan). Ici, c’est une anse formée par des rochers de granit rose, typiques de la Bretagne, que le peintre s’est attaché à représenter.

Cette oeuvre, qui est dans un excellent état de conservation, mesure 36 cm de haut par 60 cm de long. Dans le coin inférieur gauche figure le monogramme emblématique de Jean Francis Auburtin, formé par l’entrelacement des initiales du nom du peintre.

Cette oeuvre utilise la technique picturale de la gouache.

Une marine originale : sérénité de la mer et tourments du paysage

C’est une vision sereine de la mer que l’on trouve peinte dans cette marine. Les flots sont calmes, la houle qui les soulève suscite ici le sentiment d’une permanence étonnante. La baie rocheuse qui enserre et contient la portion d’océan atlantique, semée d’une végétation raréfiée, semble en effet plus tourmentée que ne le sont les flots eux-mêmes.

Au premier plan, l’océan est donc, sinon immobile, animé d’un mouvement figé par le peintre. Celui des oiseaux, relégué au second plan, est presque indistinct, comme effacé. L’écume est rare et le temps suspendu. Le ciel et l’océan se confondent sans qu’il soit possible de distinguer la ligne formée par l’horizon.

La masse granitique rose, quant à elle, se soulève et se détache vivement, donnant à cette toile tout le mouvement qu’elle contient. Le relief accidenté suit des lignes obliques aux inclinaisons variées, ce qui accentuent l’effet produit. La lumière est remarquablement distribuée.

De Monet à Auburtin : entre influence impressionniste et singularité

On distingue sans conteste possible l’influence des impressionnistes qui, à la suite des romantiques, avaient pris pour sujet de leurs toiles des scènes côtières souvent dépourvues de navires, de pêcheurs ou de baigneurs, et surtout celle de Claude Monet, à qui l’on associe immanquablement Auburtin, qui partageait avec son aîné un même goût pour la représentation des côtes bretonnes, normandes ou  méditerranéennes.

Ajoutons à cela que cette marine a été peinte depuis la terre ferme, Auburtin se place au bord du vide face aux rivages escarpés de l’Océan Atlantique. En effet, tout comme les impressionnistes, il peint d’après nature et plante son chevalet à l’extérieur, afin de réaliser son œuvre au plus près du surgissement de son impression : les Rochers roses à Belle-Ile ont ainsi été peints en plein air, sur la côte de cette île du Morbihan.

Tous deux pratiquent le travail en série, cette habitude obsédante de représenter de multiple fois le même paysage, le même motif, dans une série de toiles où la variation en fonction de l’heure permet de montrer l’impermanence du monde. Cependant, si les mêmes paysages apparaissent sur les toiles des deux peintres, si parfois les cadrages d’Auburtin sont les mêmes que ceux de Monet, ou presque, si les séries sont une pratique commune, et si tous deux s’illustrent brillamment dans le genre de la marine, ils empruntent des voies divergentes.

La singularité d’Auburtin, et les Rochers roses à Belle-Ile en témoignent, c’est précisément de porter son regard sur des paysages côtiers où les lumières sont comme atténuées, mates. L’écume n’explose pas en gerbes sur les brisants, la lumière ne vibre pas dans le ciel, l’eau, la végétation, on ne trouve pas ici les mille et une petites touches de couleurs impressionnistes : les teintes de bleu quand il s’agit de la mer confinent parfois au glauque, le ciel plus clair est mêlé à la mer. Le granit rose des rochers est ici éclairé par la lumière d’une fin d’une journée.

« Les gouaches de Belle-Île comptent parmi les œuvres les plus fortes d’Auburtin » Géraldine Lefebvre – MONET AUBURTIN Une rencontre artistique – Musée Giverny 2019.